Il était en train de jouer du flamenco, tout seul sur son banc du carré Saint Louis. Je l'écoutais de loin ; je ne voulais pas le perturber dans inspiration. Il maîtrise le bougre. Il me voit et me fait bonjour de la tête. Il fait beau. J'ai rien à faire pour encore quelques heures et j'ai envie de l'écouter. Alors que je m'approche, une petite brune au prénom de pythie en fait autant attirée par le trémolo caractéristique de la guitare espagnole. La pythie étudie la guitare flamenco et elle entend bien parvenir a toucher du doigt cette étincelle gitane qui anime les doigts de Luis. Pendant ce temps, j'achète le CD que Luis vend, présenté dans son étui.
Il nous explique ce qui fait le flamenco, culturellement, musicalement. Il nous raconte son histoire qui commence au Chili, nous montre une photo de sa grand-mère jouant de la guitare. Il nous parle de l'Espagne ou il n'a jamais été mais qu'il connaît presque mieux que les Espagnols à force de s'en imprégner musicalement. Car, oui, c'est bien ça qui fait le flamenco, bien avant la technique si particulière de la main droite, c'est de comprendre l'Espagne et les gitans. Il nous parle en Espagnol et, même si je ne comprends que les grandes lignes, je me laisse hypnotiser par la mélodie de cette langue que je n'ai pas pratiqué depuis si longtemps. Et puis il y a l'objet qui me fascine. Sa guitare qui a perdu tout son vernis à l'endroit ou ses ongles viennent frapper. Elle a vécu, elle « frise » de partout, mais elle n'a pourtant rien perdu de ces harmoniques qui différencient une guitare flamenco d'une guitare classique, cette résonance plus féminine, moins étouffée
Et il continue à jouer...
Asturias se mêle au vent qui souffle dans les premières feuilles de arbres de ce petit parc ou j'ai passé tant de temps à bouquiner quand je vivais dans une rue voisine. Il est considéré comme un coupe-gorge par les gens qui vivent dans ce quartier bo-bo mais je ne m'y suis jamais senti inquiété. Ses habitants forment une société parallèle qui ne demande rien à personne. Des gens très agréables et qui ne demandent qu'a discuter si on en prend le temps.
Et Luis continue de jouer Et il continue ses histoires en Espagnol
Et je me souviens... Madrid... Barcelone... Roses... Léon... Gwenael et moi, ivres mort à la sortie du Trianon... Fabienne... Elena...
Deux heures et demies sont passées, je dois aller retrouver la criminologue au cinoche.
Mais j'ai quand même eu le temps de prendre quelques clichés dans tout ça.